Urbanisme et instruments de planification
Collection : Villes et espaces urbains
Dès sa prise de fonction au Maroc, le résident Louis-Hubert Lyautey, entreprend de créer des villes nouvelles et d’aménager, tout en les protégeant, les villes anciennes. Plus tard, il décidera également de la création de nouveaux quartiers dits indigènes, pour la population marocaine.
Pour ce faire, il fait appel à des professionnels reconnus au premier rang desquels figure l’architecte-urbaniste Henri Prost. Formé à l’École des Beaux-Arts de Paris et récipiendaire du Grand Prix de Rome, il a déjà fait ses armes en tant qu’urbaniste en réalisant le plan d’Anvers en 1910. Il est initialement embauché pour une mission de trois mois au Maroc, mais il reste finalement jusqu’en 1922, et prend la tête du service Spécial d’Architecture et du service des Plans de Villes. Ces services nouveaux, sans équivalent en métropole, sont chargés des études des centres urbains existants et des villes nouvelles à créer, d’élaborer les plans d’aménagement et d’extension et d’en contrôler l’exécution, de procéder à la planification de lotissements urbains, de définir l’esthétique à développer, etc.
Il est le premier maillon d’un arsenal administratif d’envergure créé pour mettre en œuvre le dessein urbain lyautéen. Le service Législatif met au point la réglementation applicable à l’urbanisme et à l’architecture. Le service de Contrôle des Municipalités vérifie le respect des décrets et des lois. Le service Spécial d’Architecture est chargé des questions esthétiques dans les villes nouvelles. Le service des Travaux publics gère les infrastructures, ponts, routes, etc.
L’administration est centralisée. Localement, d’autres services interviennent. Et les commissions municipales jouent un rôle non négligeable. Parce que Lyautey a opté pour la politique de l’ « indirect rule », elles sont mixtes ou tricéphales dans certaines villes comme à Fès où siègent un conseil européen, un conseil musulman et un autre israélite, les deux derniers étant particulièrement impliqués dans les décisions qui concernent la médina et le mellah.
Pour ce qui concerne les villes anciennes, interviennent tous les services précédemment cités, même si intervient aussi le service des Beaux-Arts et Monuments historiques, constitué, lui, sur le modèle métropolitain. Initialement, il est rattaché au Cabinet du Résident général, sous la tutelle directe de Louis-Hubert Lyautey qui se passionne pour le patrimoine, dont il voit la dimension politique, mais aussi économique. Le service est placé sous la direction d’un artiste, architecte et peintre Maurice Tranchant de Lunel (1869-1932). Enfin, la patrimonialisation des villes anciennes et leur transformation sont aussi liés au service des Habous, qui gère les biens de mainmorte et possède un important foncier dans les villes anciennes.
Bien sûr, cette organisation évolue durant les cinquante années que dure le Protectorat, au gré des réformes engagées par les différents résidents généraux. Reste qu’elle illustre la quête d’efficacité et de rationalité prônée par le Protectorat qui se donne les moyens de ses ambitions en mettant en place un important dispositif administratif et légal.