Jardins et espaces verts
Collection : Villes et espaces urbains
Jardins espaces verts
La création d’espaces verts est l’un des enjeux de la planification urbaine menée dès le début du Protectorat Français au Maroc. Lorsque, dès 1913, le résident Lyautey se met en quête d’un spécialiste pour dessiner les grandes lignes des villes nouvelles, c’est à un paysagiste et urbaniste qu’il s’adresse : Jean Claude-Nicolas Forestier (1861-1930). Celui-ci fut pendant vingt-six ans conservateur au service des Promenades et des Plantations de la ville de Paris a été recommandé à Lyautey par le Musée social, fondation reconnue d’utilité publique qui mène des travaux de recherche dans de nombreux domaines, notamment dans celui de l’hygiène et de l’urbanisme, pour contribuer aux améliorations sociales. Forestier est l’un des théoriciens de cette toute jeune discipline qu’il a lui-même contribué à constituer en co-fondant de la Société française d’Urbanisme en 1911. Il est l’auteur de nombreux écrits notamment Grandes villes et systèmes de parcs paru en 1908.
Au Maroc, sa mission est d’étudier les « réserves à prévoir et constituer, à l’intérieur et aux environs des principales villes du Maroc, pour y installer dès à présent, et en prévision du développement des villes dans l’avenir, des promenades, des jardins publics ».
Il préconise de conserver les jardins existants, en particulier ceux situés à l’intérieur des remparts des médinas. Dans les médinas de nouveaux espaces verts sont également créés, à l’instar du Dar el Beïda à Fès, où Louis-Hubert Lyautey installe la Résidence. Un grand soin est apporté au choix des plantations, ainsi qu’à l’eau, omniprésente. Jean-Claude Nicolas Forestier puise ici son inspiration dans les jardins-arabo-andalous. Il est également favorable à la création d’avenues-promenades dans les villes nouvelles, pour apporter hygiène et fraîcheur, dans un pays où les étés sont particulièrement chauds. Il dessine aussi de nouveaux espaces verts comme le jardin d’essais botaniques, situé dans le quartier de l’Aguedal à Rabat, et qui regroupe, sur 17 hectares, 250 espèces d’arbres fruitiers et d’ornement du monde entier. Ses propositions pour les villes nouvelles et les médinas seront reprises par Henri Prost, mais elles se heurteront parfois aux contraintes de la réalité économique, qui limiteront en partie leur réalisation. Pour mettre en œuvre cette politique volontariste de créations d’espaces verts et de jardins, des pépinières sont installées dès le début du Protectorat dans la plupart des villes nouvelles, et un service dédié est fondé en 1923. Sont privilégiées les plantations de palmiers-dattiers, ficus, eucalyptus, caroubiers, figuiers, pins, hibiscus, lauriers roses, orangers, grenadiers, myrtes, jasmins, etc., c’est-à-dire des plantes adaptées au climat marocain, mais aussi des platanes destinés à donner aux agglomérations un air familier aux colons. Des jardins, des parcs, des squares, des parterres, des pelouses et des allées plantées contribuent au confort et à l’agrément des agglomérations.